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Un professeur expose les étudiants utilisant ChatGPT avec un piège

Un professeur d'université américain, fatigué de lire des articles qu'il qualifie d'« abominations sans âme », a décidé d'agir pour démasquer les étudiants qui demandaient de l'aide à ChatGPT pour accomplir les tâches qui leur étaient assignées.

Aujourd’hui, l’Intelligence Artificielle représente en effet une ressource. Mais, dans certains cas, cela peut devenir une tentation irrésistible de gagner du temps. Transformer le soutien en véritable abus

Le piège diabolique développé par l'enseignant pour piéger les élèves qui déléguaient leur réflexion au bot – une sorte de cheval de Troie – a révélé un fait alarmant : environ 40 % de sa classe utilisait l'intelligence artificielle pour réaliser les examens.

Ainsi, après le démasquage, l’enseignant a pris une décision radicale : supprimer les devoirs et revenir à l’écriture manuscrite, avec stylo et papier, au moins en classe.

The Suspects : prose robotique et ponctuation impeccable

Le professeur, grâce à une décennie d'enseignement, avait en effet remarqué un changement radical à partir du printemps 2023. Du coup, les devoirs de ses étudiants avaient perdu les erreurs de syntaxe classiques ou les incertitudes typiques de ceux qui apprennent.

Au lieu de cela, il y avait une utilisation excessive de puces, de prose robotique et d’une ponctuation étrangement impeccable. Un autre signe d’avertissement était donc l’abus du tiret cadratin, une subtilité rhétorique rare chez les étudiants de première année.

Le professeur a expliqué l'origine de son initiative : « Les détecteurs anti-plagiat traditionnels étaient inutiles », car « ils signalaient des faux positifs ou manquaient des textes clairement générés ». Pour cette raison, il décide de ne pas abandonner et élabore un plan inspiré de l’histoire grecque.

Le piège du professeur : une demande absurde

Pour avoir une preuve irréfutable des soupçons ci-dessus, le professeur a eu une idée plutôt géniale. Pour la dissertation finale du cours, centrée sur le livre « La rébellion de Gabriel » de l'historien Douglas Egerton, il a préparé un piège sournois.

À l'intérieur de la piste de tâches, il a inséré une chaîne de texte, une commande spécifique conçue spécifiquement pour l'IA comme ChatGPT. Cette instruction était même camouflée ou rendue invisible – à l’aide de caractères blancs ou très petits – à la lecture rapide de l’homme.

La commande, concrètement, imposait à l’IA d’insérer dans la réponse une référence précise mais totalement incorrecte. Plus précisément, il a été demandé aux étudiants d'analyser le livre d'un point de vue marxiste : une approche historiquement impossible pour la période couverte.

La logique derrière cette « astuce » était simple : un étudiant qui avait lu le livre et rédigé lui-même l’essai n’aurait jamais obéi à cette instruction cachée et anachronique. Une IA, en revanche, aurait craqué. Et comme nous voulions le prouver, c’est arrivé.

Les résultats : 4 sur 10 pris dans une faute

Lorsque le professeur corrigeait les devoirs, les résultats étaient choquants. Sur 122 missions soumises, le piège s'est déclenché dans 33 cas. De nombreux articles contenaient des preuves irréfutables de l’utilisation de l’IA.

Mais le professeur ne s’est pas arrêté là. Il a également envoyé un courriel à toute la classe annonçant qu'il avait identifié les tricheurs et offrant la possibilité d'une grâce partielle à ceux qui auraient avoué volontairement.

Suite à cet ultimatum, 14 étudiants supplémentaires ont admis avoir utilisé ChatGPT ou des outils similaires. Ainsi, en ajoutant ceux pris en flagrant délit (les 33) et ceux qui ont avoué (les 14), un pourcentage massif – environ 39% de la classe – avait triché.

L’analyse : les implications sociales de la découverte

L'affaire est devenue virale sur le Web, non seulement grâce à l'astuce technologique, mais aussi grâce à l'analyse approfondie effectuée par le professeur après avoir recueilli les aveux des étudiants.

Tout d’abord, l’enseignant a constaté qu’aujourd’hui l’écriture est considérée par les jeunes comme un « produit » et non comme un processus. Pour de nombreux étudiants, l’éducation est donc devenue purement « transactionnelle ». Ils ne voient pas l'essai comme un exercice pour apprendre à penser, mais comme un obstacle bureaucratique à surmonter pour obtenir le « morceau de papier ».

L’IA devient donc l’un des outils, actuellement les plus efficaces, pour produire le « produit » requis avec un minimum d’effort.

Parallèlement à cette vision, il existe également un « syndrome de l’imposteur » croissant, lui aussi généré par la technologie. L'un des points les plus touchants des conclusions de l'enseignant porte en effet sur l'estime de soi : le professeur affirme que l'IA alimente un cercle vicieux d'insécurité, avec des étudiants qui lisent les textes syntaxiquement impeccables générés par ChatGPT et se convainquent que leur écriture « imparfaite » et humaine n'est pas à la hauteur.

« Ils ont peur de ne pas être à la hauteur », réfléchit le professeur. Mais en évitant d’écrire, ils se privent du seul moyen d’apprendre à bien le faire : la pratique.

Enfin, il faut prendre en compte une externalisation croissante de la pensée. Écrire, explique l'enseignant, ce n'est pas seulement mettre des mots en rang : écrire, c'est penser. Déléguer la synthèse et l'opinion à un bot, c'est confier le processus cognitif de compréhension et d'analyse critique à une machine : « Ils externalisent leur propre humanité et leur capacité de jugement », conclut le professeur.

Au final, selon l'enseignant, tout peut se résumer à un paradoxe désarmant : le livre parlait de la révolte des esclaves de 1800, dont les protagonistes se sont battus pour la liberté et sont morts pour le droit de lire et d'écrire. Aujourd’hui, cependant, les étudiants, libres et ayant accès à l’éducation, utilisent les machines les plus avancées pour éviter de lire et d’écrire, confiant à un algorithme l’histoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour ce droit.

La solution : un retour au stylo et au papier

La conséquence la plus durable de cette histoire se tourne désormais vers l’avenir. Cet épisode a marqué la fin de la confiance de l'enseignant dans les devoirs des élèves. L’enseignant a en effet décidé de mettre en œuvre ce que l’on appelle dans le jargon académique américain le retour aux « Blue Books », c’est-à-dire :

  • Fini les rédactions à la maison : le professeur ne confiera plus de rédactions ou de révisions à réaliser pendant son temps libre, c'est-à-dire lorsque l'utilisation de ChatGPT est incontrôlable.

  • Rédaction en personne : désormais, les étudiants devront rédiger leur dissertation en classe, sous étroite surveillance.

  • À la main et avec un délai : l’essai doit être rédigé à la main, sur stylo et papier, avec un délai préétabli.

  • Pas de technologie : l’utilisation de tout appareil électronique sera interdite pendant les exercices.