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Éduquer dans l’amour : Jésus n’enseigne pas par sélection, mais par inclusion. Une leçon qui vient de loin

Dans le débat éducatif contemporain, l'école est appelée à mesurer, évaluer, certifier. C'est une nécessité, mais aussi un risque. Lorsque l’évaluation devient le centre absolu du processus éducatif, la personne risque de disparaître derrière la performance. L'étudiant est lu à travers ce qu'il produit et non à travers ce qu'il est.

C'est dans ce contexte que certaines paroles prononcées récemment à Castellammare del Golfo (TP) par l'archiprêtre Salvo Morghese prennent une signification qui dépasse largement le domaine religieux. Son discours, bien que né dans un contexte liturgique, propose une vision éducative profondément actuelle, centrée sur la confiance, la reconnaissance et le respect de la personne.

Une vision qui trouve l’une de ses racines les plus fortes chez un personnage historique qui, au-delà des appartenances confessionnelles, peut être lu comme l’un des plus grands pédagogues de la relation : Jésus.

Éduquer à partir de la personne

Lu dans une perspective pédagogique, Jésus n’enseigne pas par sélection, mais par inclusion. Cela ne part jamais de la performance, mais de la personne. Il ne demande pas d'abord de manifester, mais de faire confiance d'abord.

C’est une pédagogie qui renverse la logique du mérite comme préalable. Jésus regarde les gens, les disciples, les foules, les exclus, non pas pour ce qu'ils font, mais pour ce qu'ils peuvent devenir. Cette perspective est étonnamment moderne et profondément éducative.

Monseigneur Morghese le traduit avec des mots simples mais incisifs : « L'amour n'est pas pour certains, pour les meilleurs, pour les plus intelligents. » Un parent aime ses enfants et un enseignant apprécie et écoute attentivement ses élèves, quelles que soient leur intelligence et leurs compétences. Est-ce ainsi?

En termes scolaires, cela signifie une chose : aucun étudiant n'est exclu du droit à la reconnaissance, quels que soient ses résultats.

L'identité avant le résultat : une révolution pédagogique

L'un des noyaux les plus forts du discours de Morghese concerne l'identité. Avant chaque jugement, avant chaque évaluation, il y a une question implicite : qui est cette personne ?

Il le dit clairement : « Se sentir des enfants aimés nous met en mesure de regarder les autres non pas pour ce qu'ils produisent, mais pour ce qu'ils sont. »

Transportée dans les écoles, cette affirmation met à mal un modèle éducatif encore répandu, basé sur l'idée que l'élève doit « gagner » considération et confiance par les résultats.

La pédagogie qui émerge cependant est une pédagogie de reconnaissance préventive : la confiance vient d’abord, pas après.

La confiance comme acte pédagogique, pas comme naïveté

L’un des apports les plus pertinents de cette vision concerne la notion de confiance. Faire confiance à un étudiant ne signifie pas réduire ses attentes, mais créer les conditions internes pour qu'il grandisse.

Mgr Morghese le dit en s'adressant explicitement au monde éducatif : « Faites confiance à vos étudiants. Ne les traitez pas comme ceux qui doivent simplement produire des résultats. »

Cette affirmation intercepte l'un des problèmes les plus délicats de l'école d'aujourd'hui : la pression excessive de l'évaluation. Des expressions comme « tu aurais pu faire plus », « Tu n'as pas fait assez d'efforts »observe-t-il, sont souvent l'héritage d'une culture éducative centrée sur le contrôle plutôt que sur l'accompagnement.

La confiance, en revanche, constitue un risque éducatif. Mais c'est aussi ce qui permet à l'élève de ne pas s'identifier à l'erreur.

Réussir l’évaluation des performances sans sacrifier le sérieux

Parler de réussite à l’évaluation de performance ne signifie pas éliminer l’évaluation. C’est réduire son pouvoir symbolique. Le vote ne peut pas devenir un jugement sur la personne.

En ce sens, la vision proposée par Morghese s’aligne étonnamment sur les principes de l’évaluation formative :

  • évaluer pour guider



  • évaluer pour accompagner



  • évaluer pour améliorer

Ne jamais étiqueter.

Jésus, en tant qu’éducateur, n’humilie jamais publiquement l’erreur. Cela le transforme en une opportunité de croissance. C’est une leçon que l’école peut adopter sans avoir besoin d’une adhésion confessionnelle.

La pédagogie du respect : ne pas réduire l'autre à ce qu'il fait

Le concept clé est le respect. Pas un respect formel, mais un respect substantiel. Morghese le définit ainsi : « Reconnaître l'autre non pas comme une chose qui produit, mais pour ce qu'il est. »

C’est une expression qui pourrait figurer dans n’importe quel manuel de pédagogie contemporaine. Respecter signifie ne pas réduire, ne pas simplifier, ne pas anticiper des jugements définitifs.

L'étudiant n'est pas :

  • son vote



  • son insuffisance



  • sa fragilité

C'est une personne en voyage.

Éduquer, c’est attendre : le temps comme allié

Un autre élément fondamental de cette vision est le temps. L’éducation ne consiste pas à obtenir des résultats immédiats, mais à savoir attendre.

Morghese le dit avec force : « Le véritable amour peut attendre : des années, des décennies, toute une vie. »

Dans une école souvent dominée par l’urgence, c’est une saine provocation. Tout le monde ne grandit pas au même rythme. Tout le monde ne mûrit pas de la même manière. La tâche éducative n’est pas d’accélérer tout le monde, mais d’accompagner tout le monde.

Ce que les enseignants devraient faire dans une école véritablement bienveillante

À la lumière de cette pédagogie du respect et de la confiance, une école véritablement attentive doit :

1. Ne jamais identifier l’élève avec sa performance

Le résultat est une donnée, pas une identité.

2. Utilisez un langage qui construit

Les paroles de l’adulte deviennent la voix intérieure de l’élève.

3. La confiance avant les résultats

La confiance n'est pas le prix, mais le point de départ.

4. Valorisez le chemin plus que le résultat

Le voyage compte autant – et souvent plus – que la ligne d’arrivée.

5. Acceptez l’erreur dans le cadre de l’apprentissage

Sans erreur, il n'y a pas de croissance.

6. Mettez la relation au centre

Sans relations, il n’y a pas d’éducation authentique.

Éduquer les gens, pas la performance

Loin des slogans et des contrastes idéologiques, la pensée éducative qui se dégage des propos de Mgr. Salvo Morghese, à partir de la grande leçon pédagogique de Jésus, invite les écoles à faire un choix clair : éduquer les gens, pas les performances.

Une école qui relève ce défi devient plus juste, plus humaine, plus efficace. Car seuls ceux qui se sentent reconnus peuvent véritablement apprendre.